
Esprit Métis est une jeune association, dont le siège se situe à Bordeaux. Notre association a pour but de développer et de promouvoir le métissage et le mélange social et culturel. Notre projet à pour résultat concret : la création d’un magazine événementiel trimestriel et gratuit durant l’année scolaire 2007-2008.
A l’occasion du 160ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage et du 10ème mémorial de la traite des noirs, Esprit Métis s’implique aux cotés de l’association DiversCités et de la mairie de Mérignac pour mettre en relief l’impact de ce fait historique sur les identités culturelles d’aujourd’hui.
Le 05 mai 2008, à la médiathèque de Mérignac sera inauguré le lancement de la revue Triangle Doré. Il s’agit d’un recueil de textes sur le thème de l’esclavage, mis en page par Esprit Métis. C’est la première fois que l’association est sollicitée pour mettre ses talents au service d’une autre publication. Cette participation répond à son désir de s’ancrer d’avantage dans le paysage culturel bordelais.
Tout au long du mémorial, du 5 au 10 mai, le site d’Esprit Métis se joint à sa manière à l’évènement. Chaque jour, un des meilleurs textes écrits par nos rédacteurs sur le sujet est publié sur www.espritmetis.com. Ainsi, 5 jours, 5 métis et 5 textes suivront la thématique de l’esclavage.
Distribution dans les rues de 10h à 16h et dépots chez les partenaires. Le Brésil étant à l’honneur de ce numéro, il y aura des animations brésiliennes (carioca, musique, etc.) place st Projet au stand bordelais. Le magazine sera disponible par la suite, gratuitement dans nos points de distributions habituels jusqu’au 21 juin.
La Terre est Rouge
Comme du Sang
Le Soleil au Zénith
Fait couler du corps
L’eau de la vie
La Terre est Rouge
Comme son sang
Qui perle
Goutte à goutte
Sur les Fers Sur les Chaînes
Il a été capturé au Nigeria
Par les soldats d’AGADJA
Il a été vendu Place Chacha
Peau marquée du Fer Rouge
Sceau, pelure de sang, d’un négrier
Trois jours dans la nuit
Des cases de Zomaï
Accroupi Ferré Bâillonné
Au milieu de l’agonie silencieuse
De ses frères affaiblis
Neuf fois il a tourné
Autour de l’Arbre de l’Oubli
Trois fois il a tourné
Autour de l’Arbre du Retour
Enchaîné, il marche vers la mer
Et il prie dans sa tête
Grand cri sans écho
Désespéré et nu
Il appelle Shango
Il implore Ogoun
La Terre est Rouge
Le soleil m’aveugle
Je suis sur la plage à Ouidah
Porte du Non Retour
Ici son corps a perdu ses repères
Ici son âme est partie en enfer
J’ai marché sur
La Route des Esclaves
Route de latérite ocre
Route de latérite rouge
Comme le sang des Enchaînés
J’ai refait le chemin
Ma sueur mêlée de larmes
Au son de la voix tremblante
De mon guide en transes
L’émotion battant dans ses mots
J’avais le cœur éteint
De la tristesse au bord des lèvres
Mais pas de haine
Mais pas de chaînes
J’ai marché dans ses pas
Place Zomachi
Je les ai pleurés les disparus
Mais pas de haine
Mais plus de chaînes
J’ai invoqué leurs âmes …
Je sais que ses petits-fils
Sont revenus au pays
Ramenant de l’au-delà des mers
Des goûts des couleurs des odeurs
Qu’ici on ne connaissait pas
Je sais que ses petits-fils
Ont foulé la Terre de leur grand-père
Avec des mots nouveaux
Ils ont fécondé cette Terre
De semences nouvelles
Je sais que ses nombreux descendants
En diaspora éparpillée
De cultures et de sangs mêlés
Ont fait germer le chant
De la Sérénité Métissée.
Barsac, le 8 mars 2008 à 18h05.
Né esclave en 1818 d’une mère elle-même esclave et d’un père blanc, Frederick Douglass montre jeune des aptitudes d’orateur et un goût pour l‘écriture. Il ne connaît pas son père et on le sépare de sa mère à l’âge de 8 ans. Sa maîtresse l’alphabétise sans avoir conscience de former celui qui sera le premier homme politique noir des Etats-Unis et un fervent militant pour l’abolition de l’esclavage. Frederick Douglass demeure encore à ce jour l’une des personnalités métisses les plus intéressantes de l’histoire des Etats-Unis et compte parmi les plus importants « africains-américains » de son temps. Il sert le gouvernement national à plusieurs reprises et est reconnu comme un des orateurs les plus influents dans l’histoire du pays. Son parcours à travers cette époque peu glorieuse de l’histoire du XIXe siècle témoigne de la cruauté de ces années.
A vingt ans, Frederick Douglass s’échappe du domicile de ses maîtres et s’installe dans le Massachusetts où il se marie. Dans les mois qui suivent, il s’émancipe et sa notoriété s’accroît. Frederick Douglass se fait connaître du public en employant ses talents d’orateur pour la cause des esclaves et les droits des femmes. A moins de 30 ans, il publie une autobiographie : Narrative of the life of Frederick Douglass, an American Slave. Ses réflexions sur la condition de l’esclavage émeuvent. Rapidement, l’ouvrage est un best-seller et Frederick Douglass célèbre. La crainte d’être retrouvé par son ancien propriétaire le pousse à s’exiler en Grande-Bretagne où il rencontre beaucoup moins de préjugés raciaux qu’aux Etats-Unis. Il y passe deux ans à faire des conférences sur l’esclavage et ses horreurs, mais son pays natal lui manque. De retour à New York, décidé à combattre l’esclavage, Frederick Douglass fonde : The North Starqui , puis Frederick Douglass’ paper qui devient le journal de la communauté noire le plus remarqué des Etats-Unis. La guerre de sécession ne le stoppe pas. Frederick Douglass se distingue et publie dans plusieurs journaux sa conviction : la guerre doit abolir l’esclavage.
Ce militant pour les droits des noirs américains occupe plusieurs postes à responsabilités : secrétaire assistant à la commission d’Haïti, ministre américain en Haïti, U.S. Marshall du district de Columbia. Quand il épouse une féministe blanche de vingt ans de moins que lui, il défraie la chronique aux Etats-Unis. En métis convaincu, il repousse toutes les critiques arguant : « mon premier mariage a honoré la race de ma mère et le second mariage la race de mon père ». Frederick Douglass est le premier esclave noir à s’élever au grade d’homme politique, de philosophe et d’écrivain, il meurt en 1895 à 77 ans.
Je n’avais jamais vu autant d’eau avant, tout juste entendu parler les anciens d’une immense surface, de quelque chose qu’ils décrivaient comme donnant des ailes. Des ailes...que sont des ailes lorsqu ’elles ne peuvent être déployées ? Je n’avais jamais vu autant d’hommes avant, même pour la prière du vendredi. Pas de place pour prier ici, pas de temps, juste la durée, celle d’une longue plainte qui n’en finit pas.
Beaucoup d’entres nous pleurent pendant que d’autres gardent le silence. Je suis de ceux-là, convaincu que s’ils peuvent faire de mon corps un caprice, ils ne prendront pas ce que j’ai de plus précieux. Si je ne suis, comme le dit celui qui hérita de la couleur de mes paumes, qu’un outil de travail, alors pourquoi n’ose t-il regarder ma soeur dans les yeux ? Aurait-il peur de devoir admettre sa soumission, la soumission de celui qui n’est plus maître devant tant de beauté ? Ainsi l’homme blanc est avant tout homme et craint ou respecte ce pouvoir des femmes à aller s’abreuver au plus profond de lui même.
L’ancien ne cesse de chanter, faisant porter son regard sur chacun de nous. Il semble jouer, il me dit qu’il enseigne, me parle des Mandingues, me chante les Yorubas. Ses yeux, aussi vifs que sages m’invitent à la danse du zèbre et parviennent à éveiller en moi ce qu’il me dit être une conscience.
Je comprends alors que même courbé on triomphe, que je ne serai jamais un esclave.
THIERRY Maxime
L’identité créole est le fruit d’un métissage issu de l’histoire coloniale. Il inaugure ainsi la mondialisation. Mais l’affirmation de plus en plus forte de cette identité est souvent liée à des désirs de reconnaissance. Quels sont-ils ? Et que signifie les mots « créole » ou « métis » ?
Définition(s) de « créole «
A l’origine, ce terme désignait les Portugais et les Espagnols nés dans les Amériques, puis les Européens nés dans les colonies au climat tropical. L’adjectif a ensuite qualifié les esclaves d’origine africaine nés dans ces îles, puis leurs descendants mulâtres et métissés, ainsi que les gens libres de couleur. Depuis la fin des années 80 on utilise « créole » pour toute la population issue du métissage entre les Européens et les Antillais, ou encore pour toutes les personnes nées dans les îles anciennement colonisées, et enfin pour tout ce qui provient des anciennes colonies (langue, musique, cuisine, architecture…).
Désirs de reconnaissance : affirmer sa créolité
Les désirs de reconnaissance de certains créoles concernent à la fois l’Histoire et l’identité. Cette vie après la colonisation s’enracine dans une quête identitaire. La volonté de reconnaître une mémoire commune aux colonisés, aux colonisateurs et à leurs descendants, s’inscrit dans une revendication identitaire lointaine. Elle débute durant l’entre-deux-guerres dans les îles anglophones et en Amérique du Nord (avec M.Garvey, écrivain d’origine jamaicaine). De même, A.Césaire a prôné la lutte contre le colonialisme et le retour aux racines africaines par la valorisation de « l’identité noire ». Depuis les années 80, on parle de « créolité », concept né aux Antilles françaises avec l’« Eloge de la créolité », où les auteurs définissent leur nouvelle identité : « Ni Européens, ni Africains, ni asiatiques, nous nous proclamons créoles ». La perception identitaire peut donc évoluer, associant la prise en compte de spécificités et une vision universelle.
Métissage et société
A l’heure actuelle, la mondialisation et la théorie de l’uniformisation des cultures peut provoquer des replis identitaires. Pourtant, le métissage peut prendre différentes formes : la langue créole, le mélange religieux, le syncrétisme artistique, les influences identitaires... Il est évolutive dans le temps et l’espace. Il dépend de l’Histoire en général et de l’expérience individuelle subjective en particulier. Sa définition peut donc se décliner selon ses portes parole. Pour l’écrivain J.-L.Amselle, spécialiste du sujet, toutes les cultures sont faites d’influences multiples. Le métissage est donc une façon de vivre et de penser qui évolue sans cesse, au gré de ces influences... Pour S.Bouyain, réalisatrice des « Enfants du Blanc », « être métisse, c’est ne pas s’asseoir sur ses certitudes. Maintenant je ne me sens pas la droit de parler pour les gens que je ne connais pas. En revanche, je peux les comprendre ». Dans tous les cas, nous pouvons parler d’expériences diverses, d’échanges, de mélanges et d’ouverture d’esprit.
Quel vaste sujet que celui de l’esclavage et de la traite négrière, d’autant plus que cette tragédie a duré plus de quatre siècles. Cela dit, en métropole comme aux DOM TOM, ce thème ne figure dans les programmes scolaires de l’Education Nationale que depuis mai 2006. Rares sont les lieux de commémoration dans certains anciens ports négriers français, Bordeaux y compris. Dès la découverte des Amériques, les européens s’empressaient de faire venir des esclaves pour cultiver et exploiter les richesses de ces nouvelles terres, à moindre coût. Commence alors un commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. Pendant quatre siècles, douze à quinze millions d’africains vont être échangés contre des produits européens (vin, fusils…) et transportés à fond de cale à travers l’océan Atlantique. Ils sont ensuite vendus ou échangés contre sucre et café, dont raffolent les européens. Ce mouvement de population va engendrer des luttes, des découvertes, mais aussi créer un nouveau peuple : les métis.
Libre ou esclave ?
Pour certains le mélange de sang était symbole de fraternité et ils s’en réjouissaient alors que d’autres s’en inquiétaient. La diversité humaine a entraîné une classification raciale sur le critère le plus facilement repérable, la couleur de peau. Jusqu’en 1887, les manuels d’Histoire enseignent que les « noirs » vivent médiocrement, que les « jaunes » sont des gens d’esprit positif et que les « blancs » dominent les autres races. Basés sur l’idée de la hiérarchisation des races, l’esclavage et la traite négrière furent alors justifiés par les esclavagistes. L’arrivée d’une population métisse pose problème au sein d’une société hiérarchisée par la gradation de couleur. Dans ce cas, les métis naissent-t-ils libres ou esclaves, sont ils considérés comme noir ou blanc ? Le Code noir de 1685, édité par les français, voulait que « si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants soient de la condition de leur mère et soient libre comme elle. » Et que si leur père est libre et leur mère esclave, les enfants étaient esclaves pareillement. Au Brésil, les métis étaient, selon les circonstances, considérés comme des blancs. Les lois qui les excluent ont vite été désuètes, du fait que le Brésil commençait à devenir une population de sang-mêlé .On trouve des hommes de couleurs dans toutes les branches de travail (administration, armée) alors que l’esclavage n’est pas encore aboli. Le mérite, la richesse ou les alliances pouvaient permettre à un métis d’aspirer à ces places. Il était rare que sa couleur soit un obstacle. La société le considère comme blanc qu’il soit d’origine indienne ou africaine. Ainsi, lorsque deux noirs se croisent dans la rue, ils se souhaitent de devenir blanc : « Deus te faca blanco ». Dire qu’un noir a l’âme blanche était même un compliment. Cette envie de blanchir son sang surprenait les européens. Les mariages entre blancs et femmes de couleur étaient fréquents et n’avaient rien de choquant, même dans les classes les plus aisées. Cela ne posait de problème que lorsqu’une femme blanche issue d’une famille riche se mariait avec un homme noir. Ces unions étonnaient, plus qu’ils n’étaient réprimandés.
Amour ou violence ?
La polygamie des maîtres contribua à augmenter le nombre de métis et précipita le métissage. Au début du XIXème siècle les métis représentaient plus d’1/5ème de la population brésilienne. Pour le sociologue Gilberto Freyre, cette attirance des hommes blancs vers des femmes de couleurs pouvait s’expliquer par le fait que leur enfance fut bercée par la culture africaine. En effet leurs nourrices étaient esclaves et ils partageaient les mêmes jeux que les enfants noirs. Les colonisateurs portugais, issus d’un pays servant de passerelle entre l’Afrique du nord et l’Europe, étaient plus ouverts au métissage que les autres colons occidentaux. Cela pourrait expliquer la tolérance envers les couples mixtes au Brésil. En Orient, le personnage de la concubine était signe de richesse et de raffinement. Des femmes d’origines et de confessions différentes étaient vendues et achetées par milliers. Les sultans pouvaient avoir plus de 6000 femmes esclaves. Elles servaient comme domestiques ou esclaves sexuelles dans les harems. D’autres métis naîtront suite à la prostitution, la contrainte et la violence. On pourrait penser que la relation maître/esclave laissait peu de place à l’amour, à cause du tabou que cela engendrait à l’époque. Cela dit, certains faits historiques nous permettent de supposer qu’un tel amour existait bel et bien. Thomas Jefferson, quatrième président des Etats Unis et rédacteur de la Déclaration de l’Indépendance, eut quinze enfants dont neuf étaient des métis. Il était à l’époque « soupçonné » d’entretenir une relation avec Sally Hemings, l’une de ses esclaves noires. Il leur rendra leur liberté juste avant de mourir. De récentes analyses ADN ont été menées sur les descendants de Jefferson et de sa maîtresse, prouvant ainsi qu’Eston Hemmings était leur fils. Ainsi l’auteur de la phrase « Tous les hommes sont nés égaux » a attendu son lit de mort pour donner la liberté à ses propres enfants.
"Ce n’est que le soir, arrivé au port, que je recouvrai mes esprits.
J’étais enchaîné.
On m’avait mutilé et éparpillé.
J’étais réduit à un simple rondin de bois. je n’étais plus cet arbre majestueux qui avait sa place dans le village.
Je n’étais qu’un vulgaire morceau de bois.
On ne me traitait plus en être vivant, digne de respect.
Il ne me restait plus alors que ma mémoire.
En fait, j’étais le même mais au regard des autres je n’étais plus rien.
On me jeta parmi d’autres troncs au fond de la cale d’un navire.
L’atmosphère était suffocante"
« Au bout du petit matin ». Hommage à Aimé Césaire.
Aimé Césaire, le père de la Négritude, nous a quittés le 17 avril dernier. En ces jours de commémoration de l’abolition de l’esclavage, nous pensons particulièrement à lui. En effet, en créant le mot et le mouvement de la négritude, il a lutté contre une certaine forme d’esclavage et de dépendance intellectuels. Il a redonné confiance et identité à plusieurs générations. Nous avons choisi, pour lui rendre hommage, des extraits de « Cahier d’un retour au pays natal », première œuvre du grand poète, également considérée comme son œuvre majeure. Nous vous invitons donc à redécouvrir avec nous ce long poème de 65 pages, publié par les Editions Présence Africaine en 1939 (première édition).
« Non, nous n’avons jamais été amazones du roi du Dahomey, ni princes de Ghana avec huit cents chameaux, ni docteurs à Tombouctou Askia le Grand était roi, ni architecte de Djenné, ni Madhis, ni guerriers. Nous ne sentons pas sous l’aisselle la démangeaison de ceux qui tinrent jadis la lance. Et puisque j’ai juré de ne rien celer de notre histoire (moi qui n’admire rien tant que le mouton broutant son ombre d’après-midi), je veux avouer que nous fûmes de tout temps d’assez piètres laveurs de vaisselle, des cireurs de chaussures sans envergure, mettons les choses au mieux, d’assez consciencieux sorciers et le seul indiscutable record que nous ayons battu est celui d’endurance à la chicotte … »
[…]
« Nous vomissure de négrier Nous vénerie des Calebars quoi ? Se boucher les oreilles ? Nous, soûlés à crever de roulis, de risées, de brume humée ! Pardon tourbillon partenaire !
J’entends de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit d’un qu’on jette à la mer… les abois d’une femme en gésine… des raclements d’ongles cherchant des gorges… des ricanements de fouet… des farfouillis de vermine parmi les lassitudes…
Rien ne put nous insurger jamais vers quelque noble aventure désespérée. Ainsi soit-il. Ainsi soit-il. Je ne suis d’aucune nationalité prévue par les chancelleries Je défie le craniomètre. Homo sum etc. Et qu’ils servent et trahissent et meurent Ainsi soit-il. Ainsi soit-il. C’était écrit dans la forme de leur bassin. »
[…]
« Eia pour le Kaïlcédrat royal ! Eia pour ceux qui n’ont jamais rien inventé pour ceux qui n’ont jamais rien exploré pour ceux qui n’ont jamais rien dompté […] Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !
Eia pour ceux qui n’ont jamais rien inventé pour ceux qui n’ont jamais rien exploré pour ceux qui n’ont jamais rien dompté
Eia pour la joie Eia pour l’amour Eia pour la douleur aux pis de larmes réincarnées. »
[…] « Au bout du petit matin, flaques perdues, parfums errants, ouragans échoués, coques démâtées, vieilles plaies, os pourris, buées, volcans enchaînés, morts mal racinés, crier amer. J’accepte !
Et mon originale géographie aussi ; la carte du monde faite à mon usage, non pas teinte aux arbitraires couleurs des savants, mais à la géométrie de mon sang répandu, j’accepte. »
[…]
« C’était un très bon nègre.
Et on lui jetait des pierres, des bouts de ferraille, des tessons de bouteille, mais ni ces pierres, ni cette ferraille, ni ces bouteilles… O quiètes années de Dieu sur cette motte terraquée ! et le fouet disputa au bombillement des mouches la rosée sucrée de nos plaies. (…) Et elle est debout la négraille (…) debout et libre »
Toujours dans « Cahier d’un retour au pays natal », Aimé Césaire affirmait aussi :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. » Et venant je me dirai à moi-même : « Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse… »
